Dégradation des transports publics en Île-de-France : ça suffit !

Les transports en commun en région parisienne sont une galère quotidienne. Le service est dégradé, les voyageurs doivent s’entasser dans des lignes de plus en plus saturées.

Alors que les transports sont au cœur de la transition écologique, il faut que la région se redonne les moyens d’avoir des transports en commun efficaces et agréables.

Question écrite au gouvernement, posée le 22/11/2022 :

M. Bastien Lachaud interroge M. le ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé des transports sur la dégradation des transports publics en Ile-de-France. Bus et trains qui ne passent pas, temps d’attente interminables, rames bondées, difficultés à monter dans une rame, impossibilité complète de s’asseoir, sentiment d’étouffement : jour après jour, des centaines de milliers de franciliens vivent un véritable enfer dans les transports en commun.
Ces conditions indignes pourrissent littéralement la vie de celles et ceux qui empruntent quotidiennement les transports entre leur domicile et leur lieu de travail, à commencer par les travailleurs de première ligne. Elles font perdre un temps précieux, pèsent sur les vies professionnelles et familiales. Elles favorisent les malaises de voyageurs. Elles exposent à des souffrances considérables les publics prioritaires, dans l’incapacité d’obtenir une place assise alors qu’ils ont une station debout pénible.
C’est un véritable chaos qui s’est installé dans les transports en commun francilien. Partout, des trains, des bus sont supprimés, par manque de personnel ou pour faire des économies. Ainsi, en août dernier, le RER B battait des records d’irrégularité, avec 73 % d’indice de régularité seulement. Au début du mois de novembre, le service n’était toujours pas rétabli à 100% de l’offre d’avant COVID-19 sur l’ensemble des lignes, alors que les usagers sont depuis très longtemps de retour dans les transports. Sur le RER C, pour ne donner qu’un exemple, le niveau de fréquentation atteint 102% par rapport à la période pré-COVID, mais il manque trente-trois trains par jour sur 509.
Il manque des centaines de conducteurs pour les bus, pour les métros. En effet, la RATP et les autres opérateurs ne parviennent pas à recruter, du fait de la précarisation des métiers liée à l’ouverture à la concurrence, aux conditions de travail trop dures, aux salaires trop bas : 1500 euros en début de carrière à la RATP – un salaire indigne au vu de la pénibilité et des responsabilités du métier. Et quand la direction de la RATP prétend répondre à ce qu’elle nomme un « problème d’attractivité », c’est en offrant une prime pour celles et ceux qui ne poseront aucun jour de grève, aucun congé maladie – et ce même à la suite d’un accident de travail ou d’une agression –, aucun jour d’absence pour s’occuper d’un enfant malade. Un tel dispositif, outre qu’il n’apportera aucune solution effective à la pénurie de personnel, parait tout simplement contraire au droit du travail.
Sur le plan matériel, la situation n’est pas meilleure. Les problèmes techniques s’accumulent : pannes de signalisation, matériel défectueux. L’ensemble des chantiers visant à développer et améliorer le réseau accumulent les dysfonctionnements, les retards, les surcoûts : Eole, NexTEO, tramway 12, nouvelles rames RER.
Les finances d’Ile-de-France mobilités, quant à elles, sont exsangues. Elles présenteraient un trou de 950 millions d’Euros. Et pour compenser, la présidente de la région Ile-de-France et d’Ile-de-France mobilités, Valérie Pécresse envisage de porter le prix du pass Navigo à 100 euros. Une augmentation obscène, tout simplement insoutenable pour nos concitoyens dont l’inflation grignote déjà le pouvoir d’achat, et anachronique, quand il faudrait tendre au contraire à la gratuité complète des transports en commun.
Au-delà même du calvaire des usagers et des salariés, les dysfonctionnements chroniques du réseau des transports en commun franciliens ont des conséquences systémiques. Conséquences économiques, dans une région qui compte 10 millions de déplacements par jour et constitue le cœur battant de notre pays. Conséquences écologiques, quand des centaines de milliers d’usagers n’ont d’autre choix que de prendre leur voiture, alors que l’urgence climatique exigerait que le développement d’une offre de transports en commun efficace, peu chère et peu polluante soit une priorité de nos politiques publiques.
Face à une telle situation, l’État doit prendre ses responsabilités. Mettre de l’ordre dans l’invraisemblable jungle des parties prenantes – IDFM, la RATP, la SCNF, Alstom – qui se renvoient la balle et se défausse les uns sur les autres. Stopper la privatisation, qui ne fait qu’alimenter le chaos. Investir massivement pour soutenir les acteurs, permettre le retour à 100% de l’offre de transports, permettre à la RATP d’augmenter les salaires de ses personnels et de recruter, et assurer la modernisation accélérée du réseau et des matériels, sans que les usagers doivent subir une augmentation des tarifs.
C’est pourquoi monsieur le député souhaite apprendre de de monsieur le Ministre, quand et par quels moyens le gouvernement compte agir pour en finir avec les dysfonctionnements des transports franciliens.