Question écrite sur la livraison de véhicules anti-émeutes à la Tunisie

La presse relate que la France a livré des véhicules anti-émeutes à la Tunisie, via le port de Marseille. Une telle livraison pose question, même si elle semble légale, surtout quand on se souvient que Michèle Alliot-Marie, alors ministre des Affaires étrangères avait parlé d’exporter le savoir faire français en maintien de l’ordre au régime de Ben Ali, peu avant sa chute.

Question écrite au gouvernement posée le 02/02/2021 :

Monsieur le député Bastien Lachaud interroge le Premier ministre sur des livraisons de matériels à la Tunisie.

Durant la semaine du 18 janvier, 26 véhicules anti-émeutes de type MIDS, produits par Renault Trucks Defense, ont été livrés à la Tunisie depuis le port de Marseille.

L’actualité était alors marquée en Tunisie par des manifestations sur tout le territoire à l’occasion du dixième anniversaire du déclenchement de la révolution. Les manifestants, parmi lesquels les jeunes qui ont grandi avec les espoirs nés de la révolution sont extrêmement représentés, dénoncent les inégalités criantes, la pauvreté, le sous-emploi, l’arbitraire de la répression policière et judiciaire… Rien d’autre donc que les revendications essentielles de la « révolution de la liberté et la dignité » qui a illuminé le monde en janvier 2011, démontrant notamment qu’il n’y a aucun peuple qui soit prédestiné à la privation des droits les plus élémentaires en raison de sa culture, de sa religion ou de telle ou telle tradition, comme on l’entend encore trop souvent.

Le refus de l’ingérence dans les affaires intérieures d’un État ne doit pas amener à fermer les yeux sur la situation politique, économique et sociale du pays. La Tunisie est une véritable « marmite » prête à exploser. Si soucieux de mettre en avant les enjeux sécuritaires au sud de la Méditerranée, le gouvernement français, comme ses prédécesseurs seraient avisés de comprendre que la prospérité et la résorption des inégalités et injustices sociales sont un élément déterminant pour garantir la victoire contre toutes les formes d’obscurantisme qui menacent la Tunisie, comme nombre de pays européens dont la France. De même s’agissant de l’Union européenne, qui n’a d’autre agenda que d’essayer d’imposer à la Tunisie un « Accord de libre-échange complet et approfondi » rejeté par toute la population, des chômeurs au patronat en passant par les salariés.

Dans ce contexte la livraison de ces véhicules, déjà rendus célèbres en Égypte pour leur rôle dans la répression sanglante des opposants, est peut-être légale. Elle n’en pose pas moins des questions quant à notre volonté de protéger les droits humains et pour l’image de notre pays. En est-il réduit, dans ses relations officielles avec les pays d’Afrique Nord notamment, à l’aide à la répression des peuples ? Cette question est d’autant plus sensible en Tunisie que le souvenir y est encore vif des propos de Michèle Alliot-Marie, alors ministre des Affaires étrangères, qui avait proposé une coopération policière avec le régime de Ben Ali trois jours avant sa chute, au mépris de la souffrance du peuple tunisien réprimé par un régime dictatorial. Face à la polémique, le gouvernement français avait dû interrompre le 14 janvier des livraisons de matériel de maintien de l’ordre. On ne parlait alors « que » de grenades lacrymogènes et gilets pare-balles. 10 ans plus tard, alors que les témoignages qui pointent une continuité des pratiques répressives se multiplient, marquées notamment par des centaines d’arrestations arbitraires et procès expéditifs ces derniers jours, la France livre donc à la Tunisie des véhicules servant à réprimer des manifestations légitimes.

C’est pourquoi Monsieur Bastien Lachaud souhaite savoir dans quelles conditions a été autorisée la livraison de ces véhicules qui, quand bien même elle serait légale, pose la question du type de relations que la France entend entretenir avec le peuple tunisien ami.