Grand oral du bac : supprimons-le !

L’épreuve du grand oral a été une pagaille indescriptible pour sa première édition lors du bac 2021. Les services de l’Etat ont été désorganisés, par manque d’anticipation et ce sont les élèves qui en ont fait les frais. C’est inacceptable.

Mais cette épreuve est structurellement inacceptable : elle renforce les inégalités scolaires et sociales, et continue à ouvrir grand la porte de la marchandisation du savoir.

De manière générale, les réformes Blanquer sabotent l’examen national du baccalauréat, pour la plus grande joie des grandes entreprises. Les épreuves terminales sont foklorisées et vidées de leur sens. Les conditions de correction de l’épreuve dépossèdent les correcteurs de leur capacité à décider, et sont une aberration pédagogique, écologique, et du point de vue du respect du droit du travail. L’instauration du contrôle continu casse le caractère national du diplôme et instaure un bac dont la valeur dépend de la réputation des établissements scolaires.

Il faut supprimer le grand oral de l’examen du baccalauréat.

Question écrite au gouvernement :

Monsieur Bastien Lachaud alerte M. le Ministre de l’Éducation nationale, de la jeunesse et des sports, Jean-Michel Blanquer sur l’examen du grand oral dans le cadre de la réforme du baccalauréat.

Par la réforme de l’examen du baccalauréat, le Gouvernement a entendu imposer comme centrale l’épreuve du grand oral. L’organisation de cette nouvelle épreuve à fort coefficient a posé de nombreuses difficultés pour les élèves, pour les enseignants ou encore pour les personnels administratifs.

L’organisation de la première mouture du grand oral a créé des ruptures d’égalité inadmissibles

L’organisation des épreuves pour cette première mouture du grand oral a été gravement perturbée, dans toutes les académies dans l’hexagone et en outre-mer.

Les personnels des lycées se sont retrouvés dans des situations ingérables du fait de l’organisation même de cette épreuve, les élèves et leurs familles livrés à eux-mêmes. La presse relate une multitude de situations inadmissibles. Par exemple, des élèves ont été convoqués à des horaires pour lesquels ils n’étaient pas prévus et ont dû attendre des heures avant d’être fixés sur leur passage réel. Ou devoir revenir le lendemain, car aucun jury ne s’est présenté. D’autres n’ont pas reçu de convocation, et ont dû prendre l’initiative de contacter les centres d’examens de leur propre chef. Certains professeurs ont été convoqués à des horaires très rapprochés dans des établissements distants, d’autres dans des établissements où ils n’étaient pas attendus. D’autres ont été convoqués pour surveiller des épreuves écrites, et ont dû finalement intégrer des jurys de grand oral. Des professeurs en arrêts maladie ont même été convoqués, et n’ont évidemment pu se présenter pour participer au jury. Certains élèves ont eu pour jury des professeurs qui n’enseignaient ni l’un ni l’autre la spécialité retenue par l’élève, contrairement à ce que prévoit l’épreuve. Les élèves ont donc été évalués sur la forme et non le fond, par des professeurs découvrant cette situation au dernier moment. Autre exemple, un professeur aurait été convoqué pour faire passer le grand oral, et au même moment pour faire passer les épreuves du CAPES. De manière générale, les convocations ont été tardives, jusqu’au vendredi pour le lundi. Ces délais ont empêché de rectifier les erreurs constatées, ou de préparer correctement le passage des candidats.

Ces reports et erreurs de convocation ont généré un stress supplémentaire pour les élèves concernés, qui ne sont responsables en rien de la situation. Cela vient s’ajouter à une situation scolaire déjà difficile et perturbée par la pandémie. Il n’est pas acceptable que des élèves fassent les frais d’une désorganisation des services de l’Etat, ni que cette réorganisation ne crée une rupture d’égalité entre les candidats.

Le grand oral est une épreuve socialement discriminante

Le grand oral a un coefficient très élevé, pourtant, aucune heure spécifique n’est prévue dans les emplois du temps pour les préparer. Puisqu’aucun temps d’apprentissage n’est prévu, les élèves sont dont livrés à eux-mêmes. Leur capacité à se préparer à cette épreuve dépendra donc de leur origine sociale, de la capacité de leurs familles à les conseiller. Loin de « compenser les inégalités », le grand oral les renforce. Les compétences socio-linguistiques sont en effet socialement discriminantes : les élèves de classes sociales plus aisées acquièrent par leur socialisation familiale un lexique plus étendu, des capacités grammaticales et syntaxiques plus grandes.

La partie liée à l’orientation est d’autant plus socialement discriminante, que les élèves des classes sociales supérieures ont plus souvent des projets simples et bien déterminés. Pour les élèves dont les choix sont incertains, dont l’incertitude est renforcée par l’aléa de Parcoursup, qui n’ont pas leurs familles pour les aider à s’orienter dans l’enseignement supérieur, cette partie de l’épreuve est particulièrement difficile à préparer.

Enfin, les codes sociaux sont particulièrement discriminants pour une épreuve orale fondée surtout sur la rhétorique : la façon de s’habiller, de se coiffer, de se tenir, de s’exprimer, sont marqués socialement, et ne peuvent manquer d’influencer au moins inconsciemment les évaluateurs. La capacité à réussir sans enseignement spécifique à une épreuve orale est également déterminée par l’assurance, la confiance en soi, le sentiment de légitimité or celles-ci sont aussi influencées par l’identité de genre des candidats.

Le grand oral entraîne la marchandisation du service public de l’éducation

L’imprécision qui règne autour de l’organisation et des modalités des nouvelles épreuves du baccalauréat conduit à une privatisation rampante de l’éducation. Ainsi, comme la nouveauté de ces épreuves génère de l’incertitude et de l’appréhension chez les élèves, des officines privées de toute sorte ont profité de l’occasion pour proposer leurs services.

Ainsi, des manuels spécifiques, des services de « coaching » privé, de soutien scolaire spécial grand oral sont à présent proposés pour aider les élèves pour la préparation du grand oral, moyennant par 190 € pour un « pass grand oral », ou encore exemple 250 € pour un stage de 10 h.

Ces entreprises entendent utiliser la détresse des élèves et de leurs familles pour générer du profit. Comme cela était prévisible, l’introduction de cette épreuve renforce le marché de l’éducation, alors que l’Éducation nationale doit garantir un accès égal à l’éducation pour tous. Cette épreuve creuse les inégalités dans la préparation du baccalauréat, entre les élèves dont les familles pourraient payer ce genre de service, et les autres. Ces capacités à se préparer renforcent les inégalités sociales inhérentes à l’épreuve.

Aussi, M. Bastien Lachaud demande quand M. le Ministre renoncera à l’épreuve du grand oral.